Un défi technologique, le canoë en béton !
Le
secteur du génie civil est peu propice à la mise en
œuvre de projets dans lesquels les étudiants construisent
réellement un ouvrage. La taille et le coût des réalisations
sont souvent un obstacle.
Depuis deux ans quelques départements Génie Civil
d’IUT de France se sont lancés dans la construction
de canoës en béton. Cela peut surprendre à première
vue, mais loin d’être absurde. Les plus grosses barges
sont en béton armé. On peut citer les éléments
du port artificiel d’Arromanches construits dans le port de
Londres et remorqués jusqu’en Normandie pour faciliter
le débarquement d’hommes et de matériel après
le 6 juin1944. Plus récemment la barge N’Kossa au large
du Gabon sert d’usine flottante de traitement du pétrole
brut.
Mais restons réaliste, le projet présenté dans
ces quelques pages consiste à construire un canoë en
béton, permettant le déplacement en toute sécurité
sur l’eau de deux passagers
Les grandes lignes du cahier des charges sont les suivantes
:
- Le matériau utilisé pour la structure de la coque
doit être obligatoirement du béton avec ou sans armatures.
On entend par béton un assemblage de granulats inertes,
de liant hydraulique, d’eau et d’adjuvants. Les armatures
sont du type acier, fibres de verre ou fibres végétales.
- Les dimensions ne doivent pas dépasser 6m x 1m
- Le canoë doit être insubmersible par l’addition
de caissons de flottabilité.
L’origine de ce type de projets vient du Canada où
depuis de nombreuses années des compétitions inter-écoles
de canoës en béton se déroulent sur le fleuve
St Laurent. La décision de participer à la compétition
de Bourges cette année a été prise par les
responsables du Département Génie Civil de l’IUT
de REIMS. Dans le programme pédagogique de deuxième
année, il existe des projets tutorés (150h de travail
par étudiant) encadrés par un enseignant. En fin d’année,
trois semaines sont consacrées à la réalisation
d’un projet de fin d’études. Ce projet de création
de canoë s’appuie sur ces deux parties du programme pédagogique.
A partir des contraintes imposées par le règlement,
tels que le dosage en adjuvant, les côtes maxi et le nombre
de passagers, nous tentons de réaliser un bateau, qui peut
être armé ou non. Après analyse des différentes
difficultés, on s’est orienté sur le développement
d’un béton constitué d’armatures. L’acier
est très couramment employé pour construire en béton
armé, mais le poids étant une contrainte non négligeable
dans le cadre de notre projet, nous nous sommes rapidement mis à
la recherche de matériaux « plus léger ».
Rapidement, le chanvre et la fibre de verre nous sont apparus être
des matériaux plus adaptés à notre utilisation.
A l’issue de ces choix, nous sommes entrés en contact
avec des sociétés, qui distribuent et utilisent couramment
ces matériaux dans la construction.
Après avoir déterminé les matériaux
à employer, nous nous sommes intéressés à
la forme du canoë. Dans la mesure où nous sommes des
néophytes, en ce qui concerne le canoë, nous nous sommes
mis à la recherche d’un club de « canoë-kayak
», dans le but d’obtenir des informations en ce qui
concerne le comportement, et les techniques à employer pour
déplacer et diriger une telle embarcation. A partir de ces
éléments, on a pu déterminer la forme à
adopter, en fonction des problèmes de stabilité et
de flottabilité.
Nous avons orienté notre étude sur plusieurs
points :
- Le choix du matériau :
Pour réaliser l’étude des matériaux,
nous avons fait appel à des sociétés, aptes
à nous fournir les matériaux que l’on trouve
difficilement dans le commerce. C’est ainsi que «
la chanvrière de l’Aube » s’est engagée
à nous fournir le chanvre, et « Partner Engineering
» s’est proposé de nous procurer la fibre de
verre et les composants nécessaires à la production
de « Composite Ciment Verre », plus couramment appelé
CCV.
Le chanvre n’étant pas traditionnellement employé
comme moyen de renfort de structure, nous devons imaginer et concevoir,
sans l’aide de professionnels, des compositions, ainsi que
des méthodes de mise en œuvre.
A l’inverse, le CCV est très couramment utilisé
par Partner Engineering, qui emploie cette composition pour produire
des panneaux de façade et des éléments décoratifs.
C’est pourquoi nous avons entrepris de visiter les installations
de cette entreprise, afin de cerner les difficultés de
production et de dosage d’un tel matériau. A la suite
de cette visite, nous avons pu rencontrer le directeur de Partner
Engineering, qui nous a renseigné sur les propriétés
et les influences des composants à employer.
Après avoir pris en compte les contraintes d’ouvrabilité
et d’influence des compositions, nous avons débuté
une série de tests, avec l’assistance des professeurs,
qui ne sont pas encore achevés.
Dans un second temps, nous réaliserons des tests de résistance,
afin de déterminer le matériau et la composition,
qui correspond au mieux à nos besoins.
- La forme du canoë :
Après
avoir étudié les divers aspects du projet, on s’est
lancé dans la phase dite « d’étude »,
en partenariat avec divers groupements, associatifs et professionnels.
C’est ainsi que le club de canoë-kayak de Sillery nous
a fourni un canoë en fibres de verre afin d’étudier
la forme de la coque.
A partir de cette coque, nous avons réalisé le profil
en long du canoë sur AUTOCAD, mis à disposition par
le département de Génie Civil, de sorte à
calculer, de manière simplifiée, le volume d’eau
déplacé, élément indispensable pour
étudier les phénomènes de flottabilité
mis en avant par la loi d’Archimède. De plus, cette
modélisation en trois dimensions, nous permettra de constituer
l’empreinte du bateau. Après simplification des diverses
coupes du bateau, on tirera sur table traçante les points
numérisés, qui détermineront les gabarits
nécessaires à la réalisation du moule.
- La construction du coffrage :
Nous
avons mis au point un coffrage reproduisant la face extérieure
du canoë, et nous appliquerons le matériau contre
le moule. La coque supérieure sera coulée directement
sur les flotteurs.
- Le transport et la manipulation :
C’est une contrainte qui est entrée en ligne de compte
très en amont dans le projet pour ne pas avoir de surprises
lors du transport Reims Bourges aller-retour sur la route, (conception
des berceaux), nous étudions aussi les manipulations pour
la mise à l’eau, et récupération sur
le rivage ainsi que la conception et l’ancrage des poignées.
- Aspect sportif du projet :
Après avoir retenu le matériau idéal, nous
construirons un canoë, que nous testerons, avant le concours,
afin de vérifier nos prévisions sur l’étanchéité,
la flottabilité et la stabilité. Il nous faudra
aussi nous familiariser avec les différentes techniques
utilisées, dans le monde du canoë-kayak, pour diriger
et déplacer notre embarcation.
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